{"id":6303,"date":"2015-07-15T14:30:35","date_gmt":"2015-07-15T14:30:35","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8080\/?p=6303"},"modified":"2015-07-15T14:30:35","modified_gmt":"2015-07-15T14:30:35","slug":"le-logement-se-situe-a-la-charniere-de-l-emploi-et-du-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/2015\/07\/15\/le-logement-se-situe-a-la-charniere-de-l-emploi-et-du-travail\/","title":{"rendered":"\u00ab Le logement se situe \u00e0 la charni\u00e8re de l&#8217;emploi et du travail \u00bb"},"content":{"rendered":"<p><strong>Interview Alexandre GRILLAT, Secr&eacute;taire national au d&eacute;veloppement durable, &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie, au logement et &agrave; la RSE de la CFE-CGC par Martin Richer ( interview de Alexandre Grillat Conf&eacute;ration CFE-CGC publi&eacute; dans Metis -Correspondances europ&eacute;ennes du travail)<\/strong><\/p>\n<p><strong>Martin Richer (MR) :<\/strong> Les Fran&ccedil;ais sont particuli&egrave;rement critiques vis-&agrave;-vis des politiques du logement men&eacute;es dans leur pays. Une enqu&ecirc;te BVA &#8211; Les Echos sur le &laquo; Barom&egrave;tre d&rsquo;image des services publics en Europe &raquo; publi&eacute;e en juin 2013, montrait que le niveau de satisfaction des Fran&ccedil;ais (pourtant r&eacute;put&eacute;s pour leur esprit critique) est sup&eacute;rieur &agrave; celui des autres Europ&eacute;ens dans la plupart des domaines : &eacute;ducation, sant&eacute;, s&eacute;curit&eacute; sociale, justice, police, environnement. <strong>Ce n&rsquo;est que sur le logement et sur l&#8217;emploi que les Fran&ccedil;ais sont nettement plus critiques que les autres Europ&eacute;ens. Ont-ils raison ?<\/strong><br \/><strong>Alexandre Grillat (AG)<\/strong> : Absolument. La d&eacute;pense publique en faveur du logement en France s&rsquo;&eacute;l&egrave;ve &agrave; pr&egrave;s de 46 milliards d&rsquo;euros par an. Elle est l&rsquo;une des plus &eacute;lev&eacute;e au sein de l&rsquo;UE. Mais elle est en grande partie absorb&eacute;e par les aides au logement mais aussi les multiples produits de d&eacute;fiscalisation de l&rsquo;investissement immobilier, dont on sait qu&rsquo;ils aboutissent &agrave; un transfert en faveur des promoteurs qui l&rsquo;int&egrave;grent dans leurs marges. Les aides au logement, sous leurs multiples formes (15 milliards), s&rsquo;int&egrave;grent aussi dans les marges des bailleurs comme le montrent les derni&egrave;res &eacute;tudes. Je rappelle &eacute;galement que plus de la moiti&eacute; (55%) de la collecte de ce que l&rsquo;on appelle encore le 1% logement est capt&eacute;e pour financer les politiques publiques sur le logement, et &eacute;chappe ainsi aux politiques qui devraient &ecirc;tre cibl&eacute;es sur les salari&eacute;s, ce qui est la raison d&rsquo;&ecirc;tre de ce 1 % logement. Enfin, le syst&egrave;me de collecte et de redistribution aupr&egrave;s des entreprises des fonds consacr&eacute;s au logement de leurs salari&eacute;s (l&rsquo;ex. 1% Logement, devenu Action Logement en 2009) souffre d&eacute;sormais de son extr&ecirc;me fragmentation. Les entreprises doivent travailler avec plusieurs interlocuteurs, qui se livraient parfois &agrave; fonds perdus, une concurrence acharn&eacute;e entre eux&#8230;<br \/><strong>MR :<\/strong> <strong>Quelles sont les cons&eacute;quences concr&egrave;tes de cette fragmentation ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Le r&eacute;sultat de cette balkanisation est qu&rsquo;il &eacute;taitparfois difficile d&rsquo;accompagner au mieux les mobilit&eacute;s des salari&eacute;s&#8230; ce qui est tout de m&ecirc;me paradoxal pour ceux qui sont les premiers &agrave; &ecirc;tre concern&eacute;s par la mobilit&eacute; professionnelle et g&eacute;ographique ! Prenons l&rsquo;exemple d&rsquo;une restructuration d&rsquo;entreprise qui am&egrave;ne &agrave; proposer &agrave; des salari&eacute;s d&rsquo;effectuer une mobilit&eacute; g&eacute;ographique. Les salari&eacute;s les plus fragiles sont souvent log&eacute;s dans le secteur social. Quand on a r&eacute;ussi &agrave; obtenir un logement social, on ne le l&acirc;che pas facilement&#8230; sauf &agrave; avoir l&rsquo;assurance d&rsquo;en retrouver un dans son nouveau lieu de vie, d&rsquo;aussi bonne qualit&eacute; et sans perdre de pouvoir d&rsquo;achat. Cet exemple montre que l&rsquo;&eacute;clatement de structures de collecte et de service a pu parfois constituer un obstacle &agrave; un accompagnement appropri&eacute;.<br \/><strong>MR : Comment am&eacute;liorer la prise en compte des mobilit&eacute;s ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Il faut conduire une r&eacute;forme en profondeur d&rsquo;Action Logement. C&rsquo;est ce que nous, partenaires sociaux responsables d&rsquo;Action Logement dans le cadre d&rsquo;une gestion paritaire, avons engag&eacute; le 9 avril 2015 en d&eacute;cidant de r&eacute;formes structurelles, notamment la fusion de la vingtaine d&rsquo;entit&eacute;s qui constituent aujourd&rsquo;hui Action Logement, les Comit&eacute;s Interprofessionnels Logement (CIL). Alors qu&rsquo;il est de bon ton, en France, de d&eacute;crire le paritarisme comme un facteur de conservatisme, voil&agrave; une r&eacute;forme structurelle impuls&eacute;e par les partenaires sociaux en toute autonomie, en l&rsquo;absence d&rsquo;initiative &eacute;tatique. C&rsquo;est ce que j&rsquo;appelle le paritarisme responsable ! Le communiqu&eacute; officiel d&rsquo;Action Logement (9 avril) souligne que&laquo; &agrave; travers cette r&eacute;forme, les Partenaires sociaux r&eacute;affichent leur ambition de ren forcer le lien emploi\/logement en d&eacute;veloppant l&rsquo;offre de services et de produits au b&eacute;n&eacute;fice des salari&eacute;s &raquo;. Action Logement repr&eacute;sente une force de frappe au service du logement des salari&eacute;s que l&rsquo;on aurait tort de sous-estimer : 547 000 aides et attributions de logements d&eacute;livr&eacute;es en 2014, repr&eacute;sentant un financement de 890 millions d&rsquo;euros.<br \/><strong>MR :<\/strong> <strong>Voyez-vous d&rsquo;autres pistes d&rsquo;am&eacute;lioration, en dehors de la r&eacute;forme engag&eacute;e d&rsquo;Action Logement ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Les enjeux de la politique logement du pays ne se limitent pas &agrave; Action Logement. A en croire le dernier rapport IGAS-IGF-CGET, c&rsquo;est l&rsquo;efficacit&eacute; des 46 milliards d&rsquo;euros que le pays consacre chaque ann&eacute;e au logement qui doit d&eacute;sormais &ecirc;tre s&eacute;rieusement &eacute;valu&eacute;e. Optimiser les dispositifs de soutien &agrave; l&rsquo;investissement locatif et des aides au logement pour supprimer les effets d&rsquo;aubaine et d&eacute;gager des ressources afin de relancer la construction de logements, optimiser le mouvement HLM&#8230; c&rsquo;est aussi &agrave; ces chantiers que le gouvernement doit s&rsquo;atteler s&rsquo;il veut apporter les r&eacute;ponses qu&rsquo;attendent les fran&ccedil;ais en mati&egrave;re de logement.<br \/><strong>MR :<\/strong> On a beaucoup entendu dire ces derniers mois que le logement en France p&egrave;se particuli&egrave;rement lourd sur le pouvoir d&rsquo;achat. Or, l&rsquo;OCDE a effectu&eacute; un travail de comparaison dans son rapport sur la qualit&eacute; de la vie, publi&eacute; en novembre 2013, qui montre que la part du revenu disponible consacr&eacute;e par les m&eacute;nages &agrave; leur logement est l&eacute;g&egrave;rement inf&eacute;rieure en France &agrave; ce qu&rsquo;elle est en moyenne dans les pays de l&rsquo;OCDE. <strong>O&ugrave; est le mythe et o&ugrave; est la r&eacute;alit&eacute; ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Cette question est controvers&eacute;e et les comparaisons sont difficiles compte-tenu des fortes sp&eacute;cificit&eacute;s nationales en termes de comptabilisation du foncier, des syst&egrave;mes d&rsquo;aides, etc. Ce que nous observons, c&rsquo;est que le co&ucirc;t du logement p&egrave;se tr&egrave;s fortement sur le budget des m&eacute;nages fran&ccedil;ais et sur leur pouvoir d&rsquo;achat, si bien que le &laquo; reste &agrave; vivre &raquo; est trop faible pour leur permettre de se sentir &agrave; l&rsquo;aise financi&egrave;rement. D&eacute;duction fa&icirc;te des d&eacute;penses contraintes (le logement mais aussi les autres d&eacute;penses strictement indispensables), le pouvoir d&rsquo;achat per&ccedil;u s&rsquo;amenuise, ce qui contraint les salari&eacute;s &agrave; chercher soit &agrave; &laquo; tailler &raquo; dans leurs autres d&eacute;penses (culture, loisirs,&#8230;), soit &agrave; exercer une pression forte sur les salaires. Les &eacute;conomistes pensent avec raison que le co&ucirc;t<br \/>excessif du logement en France est un des facteurs explicatifs des hausses de salaires plus importantes que dans la plupart des autres pays de l&rsquo;UE. Au travers du logement, la question de la comp&eacute;titivit&eacute; est donc pos&eacute;e.<br \/><strong>MR : Le logement fait-il partie de la question souvent &eacute;voqu&eacute;e du &laquo; d&eacute;ficit de comp&eacute;titivit&eacute; &raquo; vis-&agrave;-vis de l&rsquo;Allemagne ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> C&rsquo;est le cas, m&ecirc;me si les aspects co&ucirc;ts ne r&eacute;sument pas &agrave; eux seuls la question de la comp&eacute;titivit&eacute;.Louis Gallois, cit&eacute; par un article du Monde du 5 mars 2013, exprimait son regret d&rsquo;avoir oubli&eacute;, dans son rapport sur la comp&eacute;titivit&eacute;, de parler de la question du logement, mentionnant que <strong>ce poste repr&eacute;sente aujourd&rsquo;hui de 25 &agrave; 28% du budget des m&eacute;nages fran&ccedil;ais contre 12 &agrave; 15% pour les m&eacute;nages allemands<\/strong>.De m&ecirc;me, l&rsquo;&eacute;tude d&rsquo;Etienne Wasmer pour le CAE (f&eacute;vrier 2013) note &laquo; pour 2012, un prix au m&egrave;tre carr&eacute; en moyenne sup&eacute;rieur de 60% en France par rapport &agrave; l&rsquo;Allemagne &agrave; l&rsquo;achat et sup&eacute;rieur de 10 &agrave; 20% &agrave; la location &raquo;.<br \/><strong>MR :<\/strong> Revenons &agrave; l&rsquo;aspect crucial de la mobilit&eacute; des salari&eacute;s. Le sujet des 400 000 &agrave; 500 000 offres d&#8217;emplois non pourvues est souvent relev&eacute; par les organisations patronales et trait&eacute; dans les m&eacute;dias. Or, une &eacute;tude du CREDOC de 2011, qui a marqu&eacute; les esprits, r&eacute;v&eacute;lait que parmi les raisons pour lesquelles ces emplois ne sont pas pourvus, la question du logement, conditionnant la mobilit&eacute;, revient souvent. <strong>Entre 2007 et 2011, environ 500.000 personnes (11% des personnes en recherche d&#8217;emploi) ont d&ucirc; renoncer &agrave; un poste en raison de probl&egrave;mes de logement et du surco&ucirc;t de la mobilit&eacute; exig&eacute;e<\/strong>. Quel est votre point de vue ?<br \/><strong>AG :<\/strong> Nous sommes convaincus que la disponibilit&eacute; du logement &agrave; un co&ucirc;t abordable est un aspect essentiel si l&rsquo;on veut am&eacute;liorer la mobilit&eacute; g&eacute;ographique. Action Logement a beaucoup d&eacute;velopp&eacute; ses offres de services et d&rsquo;accompagnement dans ce domaine mais beaucoup reste &agrave; faire. L&rsquo;&eacute;tude du CREDOC montre qu&rsquo;une partie tr&egrave;s significative des emplois dits &laquo; non pourvus &raquo; sont vacants du fait de l&rsquo;absence de logement accessible. La m&ecirc;me enqu&ecirc;te montrait que la situation &eacute;conomique des m&eacute;nages est tr&egrave;s tendue, si bien que 70% des actifs d&eacute;clarent qu&rsquo;ils refuseraient un emploi meilleur que celui qu&rsquo;ils occupent actuellement si cela devait les obliger &agrave; d&eacute;m&eacute;nager en occasionnant un surco&ucirc;t financier. Le logement est d&rsquo;ailleurs devenu un crit&egrave;re primordial de choix de son emploi : 56% des personnes interrog&eacute;es indiquent que ne pas &ecirc;tre oblig&eacute; de d&eacute;m&eacute;nager est un crit&egrave;re &laquo; tr&egrave;s important &raquo; dans le choix d&rsquo;un nouvel emploi, alors qu&rsquo;&agrave; titre de comparaison, seulement 48% estiment qu&rsquo;&ecirc;tre bien r&eacute;mun&eacute;r&eacute; est &laquo; tr&egrave;s important &raquo;. On voit bien que le logement est une cl&eacute; sur une partie des probl&egrave;mes d&#8217;emploi.<br \/><strong>MR :<\/strong> <strong>Dans son rapport sur la France dans dix ans, France Strat&eacute;gie pla&ccedil;ait la priorit&eacute; sur &laquo; l&rsquo;acc&egrave;s aux biens essentiels que sont le savoir, le logement, l&#8217;emploi, la s&eacute;curit&eacute;, la sant&eacute; &raquo;<\/strong> et relevait que la comp&eacute;tition pour l&rsquo;acc&egrave;s &agrave; la ressource est aigu&euml; en mati&egrave;re de logement : le secteur social p&egrave;se 17 % du parc de logement et 44 % du parc locatif, mais 20 % de ses occupants &#8211; en g&eacute;n&eacute;ral ceux des meilleurs immeubles &#8211; disposent d&rsquo;un revenu sup&eacute;rieur au revenu m&eacute;dian. Cette proportion est encore plus &eacute;lev&eacute;e en r&eacute;gion parisienne, o&ugrave; elle avoisine 25 %. &Agrave; Paris m&ecirc;me, la proportion de m&eacute;nages vivant en HLM est sensiblement la m&ecirc;me pour les m&eacute;nages.<br \/><strong>AG :<\/strong> Chaque collectivit&eacute; locale doit s&#8217;emparer de ces difficult&eacute;s et apporter des r&eacute;ponses. Le constat de France Strat&eacute;gie met en &eacute;vidence une conviction que la CFE-CGC partage : le logement est au coeur des choix &eacute;conomiques et soci&eacute;taux : &eacute;viter les ghettos, favoriser la mixit&eacute; sociale, donner corps au mod&egrave;le r&eacute;publicain, construire une vraie politique de la ville. Tels sont des objectifsfondamentaux, qui continueront &agrave; occuper le d&eacute;bat public.<br \/><strong>MR :<\/strong> Il faut aussi mentionner l&rsquo;impact de la panne de la construction sur l&#8217;emploi dans le secteur du b&acirc;timent. Dans son dernier rapport, Terra Nova a estim&eacute; que la construction suppl&eacute;mentaire de 200 000 logements par rapport au rythme de fin 2014 g&eacute;n&eacute;rerait 40 milliards d&rsquo;euros de chiffre d&rsquo;affaires suppl&eacute;mentaires par an, dont environ 20 milliards de valeur ajout&eacute;e, soit 1 % de PIB suppl&eacute;mentaire.<strong> Quel est le point de vue de la CFE-CGC sur la situation de la construction de logements ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Nous le r&eacute;p&eacute;tons depuis plusieurs mois, le logement est au coeur du combat pour l&#8217;emploi, le pouvoir d&rsquo;achat et la comp&eacute;titivit&eacute;. Si le plan de relance du logement annonc&eacute; en septembre dernier va dans le bon sens, nous demandons au Premier ministre de transformer l&rsquo;essai.Alors que la construction de logements neufs a poursuivi sa d&eacute;gringolade en 2014 pour atteindre sonniveau le plus bas depuis 1998, nous saluons l&rsquo;engagement du gouvernement &agrave; redresser la barre, &agrave; enrayer la chute et &agrave; remettre la politique Logement sur les bons rails. Simplification des normes, adaptation des r&egrave;gles d&rsquo;urbanisme, lib&eacute;ration du foncier&#8230; les mesures qui ont &eacute;t&eacute; annonc&eacute;es depuis l&rsquo;automne vont dans le bon sens. Personne ne doit oublier que construire, c&rsquo;est &eacute;galement soutenir l&#8217;emploi, au nom du lien emploi-logement cher &agrave; la CFE-CGC et soutenir un secteur qui est au coeur de l&rsquo;activit&eacute; &eacute;conomique du pays. Toute action de relance de la construction est pourvoyeuse d&#8217;emplois non d&eacute;localisables et &agrave; effet imm&eacute;diat, si on met de c&ocirc;t&eacute; le recours aux travailleurs d&eacute;tach&eacute;s.<br \/><strong>MR :<\/strong> La question du logement me semble aussi beaucoup plus pr&eacute;sente dans le d&eacute;bat autour des conditions de travail, par exemple avec le probl&egrave;me des temps de d&eacute;placement et de la conciliation vie professionnelle &#8211; vie personnelle. <strong>Quel est le constat de vos &eacute;quipes syndicales ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Finalement, le logement est ce qui &laquo; fait charni&egrave;re &raquo; entre l&#8217;emploi et le travail. Dans certaines r&eacute;gions ou certains bassins d&#8217;emplois, dits tendus en mati&egrave;re de logement, et notamment dans les grandes m&eacute;tropoles, les salari&eacute;s ont de plus en plus de mal &agrave; se loger &agrave; proximit&eacute; de leur lieu de travail. Ils sont donc conduits &agrave; s&rsquo;&eacute;loigner du lieu de travail, avec les cons&eacute;quences bien connues sur la fatigue, le stress, la sant&eacute;.<br \/><strong>MR :<\/strong> Certaines entreprises ont cr&eacute;&eacute; au sein de leur comit&eacute; d&rsquo;entreprise, une Commission logement (normalement obligatoire &agrave; partir de 300 salari&eacute;s). Est-ce la bonne fa&ccedil;on de faire entrer le logement dans le dialogue social ?<br \/><strong>AG :<\/strong> Les grandes entreprises savent travailler avec les collecteurs des fonds logement pour disposer d&rsquo;offres adapt&eacute;es &agrave; leurs salari&eacute;s. Mais en dehors de ces grandes entreprises et de celles dont l&rsquo;activit&eacute; requiert la mobilit&eacute; de leurs salari&eacute;s, notamment les entreprises de r&eacute;seaux, rares sont les DRH qui se pr&eacute;occupent de r&eacute;ellement formaliser les besoins de logement de leur salari&eacute;s et de chercher &agrave; y r&eacute;pondre. Au travers de la r&eacute;forme d&rsquo;Action Logement, nous voulons confier aux futures directions r&eacute;gionales le soin de travailler avec toutes les entreprises et leur commission Logement lorsque cette derni&egrave;re existe, pour dynamiser leur politique logement. Il y a un travail de fond &agrave; r&eacute;aliser. Lors d&rsquo;un r&eacute;cent sondage aupr&egrave;s de nos adh&eacute;rents, nous avons constat&eacute; qu&rsquo;un tiers d&rsquo;entre eux ne connaissaient pas l&rsquo;existence d&rsquo;Action Logement. Je vous laisse imaginer quelle est la proportion parmi les salari&eacute;s non syndiqu&eacute;s&#8230;<br \/><strong>MR :<\/strong> La r&eacute;forme dont vous parlez montre que si le dialogue social veut s&#8217;emparer de la question du logement, il doit s&rsquo;int&eacute;resser davantage aux territoires. <strong>O&ugrave; en sommes-nous ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Nous y venons et c&rsquo;est une &eacute;volution essentielle. Regardez par exemple l&rsquo;ANI sur la Qualit&eacute; de Vie au Travail de juin 2013, dont la CFE-CGC est signataire. Cet accord a consacr&eacute; l&rsquo;irruption du Territoire en tant que creuset de n&eacute;gociation sociale. Il reconnait que la question de la conciliation des temps n&eacute;cessite d&rsquo;articuler les horaires de l&rsquo;entreprise, les horaires et l&rsquo;&eacute;loignement des lieux d&rsquo;accueil des enfants, les rythmes scolaires, les moyens de transport, les capacit&eacute;s de logement, de restauration et les commerces. Or, nous dit l&rsquo;accord, &laquo; ces questions d&eacute;pendent d&rsquo;acteurs diff&eacute;rents : collectivit&eacute;s locales, entreprises dans lesquelles travaillent les salari&eacute;s, &eacute;ducation nationale, entreprises qui organisent le transport, bailleurs sociaux, etc &raquo;.Cette approche plus territorialis&eacute;e va dans le bon sens. On pourra bient&ocirc;t s&#8217;emparer du nouveau dispositif cr&eacute;&eacute; par la loi Rebsamen sur le dialogue social, qui cr&eacute;&eacute; des Commissions paritaires r&eacute;gionales, pour mieux r&eacute;pondre aux besoins des TPE.<br \/><strong>MR :<\/strong> Vous &ecirc;tes aussi en charge du D&eacute;veloppement durable et de l&rsquo;Energie pour votre conf&eacute;d&eacute;ration. Si on avait int&eacute;gr&eacute; les co&ucirc;ts &eacute;nerg&eacute;tiques dans le co&ucirc;t du logement il y a quinze ans, onn&rsquo; aurait pas aujourd&rsquo;hui &agrave; r&eacute;habiliter un parc totalement obsol&egrave;te vis-&agrave;-vis des enjeux d&rsquo;&eacute;conomie d&rsquo;&eacute;nergie. <strong>Est-ce pour cela que la CFE-CGC traite ces aspects ensemble ?<\/strong><br \/><strong>AG :<\/strong> Oui, il y a une forte coh&eacute;rence entre ces sujets. Le lien entre logement et &eacute;nergie est &eacute;vident, notamment lorsque l&rsquo;on souhaite &eacute;viter de r&eacute;duire le d&eacute;bat sur la transition &eacute;nerg&eacute;tique &agrave; un combat dogmatique sur le mix de production &laquo; nucl&eacute;aire contre &eacute;nergies renouvelables &raquo;. L&rsquo;objectif central de la transition &eacute;nerg&eacute;tique, c&rsquo;est l&rsquo;efficacit&eacute; &eacute;nerg&eacute;tique, et le logement en est la mati&egrave;re centrale. Soyons pragmatiques : mieux vaut consacrer nos moyens &agrave; la r&eacute;novation thermique des logements qu&rsquo;&agrave; l&rsquo;importation de panneaux photovolta&iuml;ques chinois. C&rsquo;est &agrave; la fois une question d&#8217;emplois qui sont cr&eacute;&eacute;s en France, de fili&egrave;res industrielles nationales que l&rsquo;on soutient et&#8230; de pouvoir d&rsquo;achat que l&rsquo;on fait imm&eacute;diatement gagner aux Fran&ccedil;ais gr&acirc;ce &agrave; la r&eacute;duction de leur consommation et donc de leurs factures d&rsquo;&eacute;nergie. L&agrave; encore, la question du logement est &agrave; la fois syst&eacute;mique et centrale.<br \/><strong>MR :<\/strong> Mark Zuckerberg veut construire une \u00ab\u00a0ville Facebook\u00a0\u00bb en Californie, capable d&rsquo;h&eacute;berger ses 10 000 employ&eacute;s et leur famille&#8230; mais aussi leur permettre de vivre juste &agrave; c&ocirc;t&eacute; de leur lieu de travail. Ce projet d&eacute;nomm&eacute; \u00ab\u00a0Zee-town\u00a0\u00bb est &eacute;valu&eacute; &agrave; 177 milliards d&rsquo;euros et n&rsquo;est pas sans rappeler les cit&eacute;s Michelin ou les familist&egrave;res du d&eacute;but du XXe si&egrave;cle. Est-ce l&rsquo;avenir du tr&eacute;pied logement- travail &#8211; emploi ?<br \/><strong>AG :<\/strong> La Californie n&rsquo;est pas la France, notamment en termes d&rsquo;organisation du territoire, h&eacute;ritage de notre histoire nationale. Mais je rappelle qu&rsquo;historiquement, la cr&eacute;ation de ce qui fut l&rsquo;anc&ecirc;tre du<br \/>1% Logement est n&eacute;e de l&rsquo;initiative priv&eacute;e du patron de la Laini&egrave;re de Roubaix, qui souhaitait s&rsquo;attacher les salari&eacute;s disponibles.Je ne sais si Mark Zuckerberg en est le lointain h&eacute;ritier&#8230; mais la France ne l&rsquo;a pas attendu pour disposer de patrons pragmatiques et sociaux,soucieux du bien-&ecirc;tre de leurs salari&eacute;s, car ils savaient que le bien &ecirc;tre est un facteur de motivation, et donc de productivit&eacute; et de comp&eacute;titivit&eacute;.<br \/><strong>R&eacute;f&eacute;rences de l&rsquo;article :<\/strong><br \/>&#8211; &laquo; L&rsquo;&eacute;valuation de la performance des politiques sociales en Europe &raquo;, Rapport pr&eacute;sent&eacute; par Michel Heinrich et R&eacute;gis Juanico, Assembl&eacute;e Nationale, 15 d&eacute;cembre 2011<br \/>&#8211; R&eacute;gis Bigot et Sandra Hoiban, &laquo; La mobilit&eacute; professionnelle brid&eacute;e par les probl&egrave;mes de logement &raquo;, Credoc, juillet 2011<br \/>&#8211; &laquo; Quelle France dans dix ans ? Les Chantiers de la d&eacute;cennie &raquo;, Rapport de France Strat&eacute;gie au pr&eacute;sident de la R&eacute;publique, sous la direction de Jean Pisani-Ferry, commissaire g&eacute;n&eacute;ral &agrave; la<br \/>strat&eacute;gie et &agrave; la prospective, juin 2014<br \/>&#8211; &laquo; Propositions pour une relance durable de la construction de logements &raquo;, Note du p&ocirc;le Logement de Terra Nova, 12 f&eacute;vrier 2015<br \/>&#8211; <a href=\"http:\/\/www.tnova.fr\/note\/propositions-pour-une-relance-durable-de-la-construction-de-logements\">http:\/\/www.tnova.fr\/note\/propositions-pour-une-relance-durable-de-la-construction-de-logements<\/a><br \/>&#8211; Actualit&eacute;s sur le Logement sur le site de la CFE-CGC : <a href=\"http:\/\/www.cfecgc.org\/actualite\/logement\/\">http:\/\/www.cfecgc.org\/actualite\/logement\/<\/a><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Interview Alexandre GRILLAT, Secr&eacute;taire national au d&eacute;veloppement durable, &agrave; l&rsquo;&eacute;nergie, au logement et &agrave; la RSE de la CFE-CGC par Martin Richer ( interview de Alexandre Grillat Conf&eacute;ration CFE-CGC publi&eacute; [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"inline_featured_image":false,"footnotes":""},"categories":[48],"tags":[],"class_list":["post-6303","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-logement"],"blog_post_layout_featured_media_urls":{"thumbnail":"","full":""},"categories_names":{"48":{"name":"Logement","link":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/category\/cit\/pouvoir-d-achat\/logement\/"}},"tags_names":[],"comments_number":"0","wpmagazine_modules_featured_media_urls":{"thumbnail":"","cvmm-medium":"","cvmm-medium-plus":"","cvmm-portrait":"","cvmm-medium-square":"","cvmm-large":"","cvmm-small":"","full":""},"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6303","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=6303"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/6303\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=6303"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=6303"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=6303"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}