{"id":770,"date":"2008-10-01T17:33:33","date_gmt":"2008-10-01T17:33:33","guid":{"rendered":"http:\/\/localhost:8080\/?p=770"},"modified":"2008-10-01T17:33:33","modified_gmt":"2008-10-01T17:33:33","slug":"cadres-la-comedie-du-bonheur-le-monde","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/dev.cfecgc-orange.app\/index.php\/2008\/10\/01\/cadres-la-comedie-du-bonheur-le-monde\/","title":{"rendered":"Cadres : la com\u00e9die du bonheur !! &#8211; Le Monde"},"content":{"rendered":"<p>\n<b>Selon un sondage r&eacute;alis&eacute; par l&rsquo;Association pour l&#8217;emploi des cadres (APEC), 40 % des cadres envisagent de changer d&rsquo;entreprise dans un avenir proche.<\/b>\n<\/p>\n<p>\nLe cadre est un homme heureux. Forc&eacute;ment heureux. C&rsquo;est un privil&eacute;gi&eacute;, l&rsquo;enfant g&acirc;t&eacute; de l&rsquo;entreprise. Il a un travail valorisant, dont il peut facilement changer puisqu&rsquo;il risque moins le ch&ocirc;mage que les autres salari&eacute;s. Il a une bonne feuille de paye, n&eacute;goci&eacute;e en kilo-euros annuels. Il a une place de parking, un abonnement &agrave; la salle de gymnastique et, dans l&rsquo;espace d&eacute;tente, un canap&eacute; moelleux et une t&eacute;l&eacute;vision branch&eacute;e sur Roland-Garros. Les plus choy&eacute;s ont un &quot;concierge&quot;, factotum qui veille &agrave; r&eacute;soudre le moindre souci mat&eacute;riel, du pressing &agrave; la baby-sitter.\n<\/p>\n<p>\nDe quoi se plaindraient-ils quand les ouvriers, les caissi&egrave;res, les op&eacute;ratrices de centres d&rsquo;appels et autres smicards se voient minuter jusqu&rsquo;&agrave; leur pause aux toilettes ? Ce serait ind&eacute;cent. Et mal vu. Alors mieux vaut clamer son enthousiasme et sa joie de vivre, au bureau, &agrave; la ville et sur son profil Facebook.\n<\/p>\n<p>\nAlexandre des Isnards et Thomas Zuber connaissent bien cette <i>&quot;dictature du bonheur&quot;<\/i>. Tous deux dipl&ocirc;m&eacute;s de Sciences Po, ils travaillent comme consultants, l&rsquo;un dans une agence de communication sp&eacute;cialis&eacute;e dans l&rsquo;Internet, l&rsquo;autre dans les syst&egrave;mes d&rsquo;information li&eacute;s aux ressources humaines. Des m&eacute;tiers neufs, socialement clinquants, dans des entreprises qui ne connaissent pas la crise. A 34 et 35 ans, les deux cadres ont d&eacute;j&agrave; baroud&eacute; dans la nouvelle &eacute;conomie. Ils en connaissent les codes, ont eux-m&ecirc;mes jou&eacute; la com&eacute;die, pratiqu&eacute; la &quot;positive attitude&quot;, par mim&eacute;tisme, fayotage et instinct de survie.\n<\/p>\n<p>\nTout aurait &eacute;t&eacute; pour le mieux, la carri&egrave;re pr&eacute;dessin&eacute;e, n&rsquo;eussent &eacute;t&eacute; ces courriels de d&eacute;mission qui tombaient de plus en plus r&eacute;guli&egrave;rement sur la messagerie g&eacute;n&eacute;rale. Des textes d&rsquo;une violence inou&iuml;e, &eacute;crits par des cadres quittant la bo&icirc;te du jour au lendemain, sans m&ecirc;me les trois cacahu&egrave;tes d&rsquo;un pot de d&eacute;part. <i>&quot;Le pire, c&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y avait aucune r&eacute;action de la part de la direction, comme si cela n&rsquo;avait finalement aucune importance, n&rsquo;existait pas&quot;<\/i>, raconte Alexandre des Isnards.Les deux hommes, qui se sont li&eacute;s d&rsquo;amiti&eacute; lors d&rsquo;un voyage au Chili, ont d&eacute;cid&eacute; de recueillir les t&eacute;moignages anonymes d&rsquo;autres jeunes cadres, &agrave; tout hasard. <i>&quot;&Ccedil;a a &eacute;t&eacute; l&rsquo;avalanche<\/i>&quot;, assure Thomas Zuber. Deux ans apr&egrave;s, en est sorti un livre, <i>L&rsquo;open space m&rsquo;a tuer<\/i> (Hachette Litt&eacute;rature, 212 p., 16,50 &euro;). Dans une succession de sayn&egrave;tes, jou&eacute;es dans le d&eacute;cor d&rsquo;un plateau sem&eacute; d&rsquo;hommes et d&rsquo;ordinateurs, les auteurs y d&eacute;crivent l&rsquo;envers du meilleur des mondes : la fausse convivialit&eacute; qui enrobe des rapports humains impitoyables, l&rsquo;apparente d&eacute;contraction qui masque le stress. Les nouveaux m&eacute;tiers dans la finance, l&rsquo;Internet, la communication, le &quot;consulting&quot; ont amplifi&eacute; ce mode d&rsquo;organisation, de management humain. L&rsquo;open space, ce bureau ouvert, devient finalement un lieu d&rsquo;enfermement qu&rsquo;on n&rsquo;ose quitter sous peine d&rsquo;&ecirc;tre d&eacute;consid&eacute;r&eacute;. Le jeune cadre devient alors un &quot;no life&quot; (sans vie sociale, hors d&rsquo;un &eacute;cran). Il est sans cesse <i>&quot;en mode projet&quot;<\/i>, c&rsquo;est-&agrave;-dire d&eacute;bord&eacute; par son travail, une <i>&quot;propale&quot;<\/i> (proposition commerciale) &agrave; <i>&quot;impl&eacute;menter&quot;<\/i> (mettre en oeuvre). Et ce jusqu&rsquo;au <i>&quot;burn out&quot;<\/i>, la consomption du corps et de l&rsquo;esprit.Sciemment, les deux auteurs ont repris jusqu&rsquo;&agrave; la naus&eacute;e le jargon anglicisant, le <i>&quot;wording&quot;,<\/i> qui emballe cette nouvelle forme de stakhanovisme import&eacute;e de la Silicon Valley. Mais qui survit &agrave; cette d&eacute;bauche de franglais et de courriels patoisant envoy&eacute;s par le &quot;n + 1&quot; (le sup&eacute;rieur hi&eacute;rarchique imm&eacute;diat) saisit les ressorts de ce lent broiement de l&rsquo;&ecirc;tre. Cette rentr&eacute;e &eacute;ditoriale est marqu&eacute;e par d&rsquo;autres livres sur le sujet comme <i>Extension du domaine de la manipulation<\/i>, de Michela Marzano (Grasset). Et c&rsquo;est ainsi &agrave; chaque rentr&eacute;e depuis quelques ann&eacute;es, tant le sujet est br&ucirc;lant.\n<\/p>\n<p>\nCes livres d&eacute;crivent un monde impitoyable que conna&icirc;t parfaitement <b>le docteur Bernard Salengro<\/b>, 61 ans. Ce m&eacute;decin du travail a vu monter ce qu&rsquo;on appelait pudiquement, au milieu des ann&eacute;es 1970, le &quot;malaise des cadres&quot;. <i>&quot;Moi, je venais du milieu du b&acirc;timent, <\/i>raconte-t-il. <i>C&rsquo;&eacute;tait un milieu dur mais o&ugrave; jouaient les solidarit&eacute;s, l&rsquo;esprit d&rsquo;&eacute;quipe, le sentiment du travail accompli. Il n&rsquo;y avait pas de suicide. Je ne comprenais pas de quoi se plaignaient ces gars sap&eacute;s comme des milords, les pieds dans la moquette &eacute;paisse, avec le si&egrave;ge inclinable, le chaud et le froid comme ils voulaient. Mais, en les &eacute;coutant, je sentais monter une souffrance psychique, un besoin d&rsquo;&eacute;coute.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\n<b>Membre de la Conf&eacute;d&eacute;ration G&eacute;n&eacute;rale des Cadres, le m&eacute;decin d&eacute;cide au milieu des ann&eacute;es 1990 de lancer dans la revue du syndicat un appel &agrave; t&eacute;moignages.<\/b> <i>&quot;C&rsquo;&eacute;tait juste deux lignes. Nous avons re&ccedil;u en retour quinze sacs postaux. Un sondage que nous avons command&eacute; &agrave; la Sofres a confirm&eacute; l&rsquo;ampleur du ph&eacute;nom&egrave;ne. Plus de la moiti&eacute; des cadres &eacute;taient concern&eacute;s par le stress.&quot;<\/i> L&rsquo;expert a vu les indicateurs s&#8217;emballer, le mal-&ecirc;tre virer &agrave; la souffrance mentale, mais aussi physique, soign&eacute;e &agrave; grands coups de m&eacute;dicaments.\n<\/p>\n<p>\nDevenu <b>secr&eacute;taire national de la CFE-CGC, le docteur Salengro <\/b>a fait de cette &eacute;pid&eacute;mie son combat syndical. Il a &eacute;crit deux ouvrages sur le sujet (<i>Le Stress des cadres<\/i> et <i>Le Management par la manipulation mentale<\/i>, L&rsquo;Harmattan 2005 et 2006). <i>&quot;Il faut savoir qu&rsquo;aux Etats-Unis, le stress est la premi&egrave;re<\/i> <i>maladie professionnelle avec les troubles musculo-squelettiques&quot;<\/i>, assure-t-il. Et n&rsquo;allez pas lui vanter ces start-up qui se veulent des secondes familles. <i>&quot;Ce n&rsquo;est pas parce que vous avez le droit de monter votre v&eacute;lo au bureau que c&rsquo;est plus d&eacute;tendu. C&rsquo;est un pi&egrave;ge &agrave; cons.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nFran&ccedil;ois Dupuy, enseignant &agrave; l&rsquo;Institut europ&eacute;en d&rsquo;administration des affaires (Insead) et auteur de <i>La Fatigue des &eacute;lites<\/i> (Seuil 2005), constate &eacute;galement ce march&eacute; de dupes et un d&eacute;voiement du sens des mots. <i>&quot;On utilise aujourd&rsquo;hui un vocabulaire positif. On parle de structure projet, de &quot;transversalit&eacute;&quot;, de coop&eacute;ration. Mais ces jolies notions cachent des situations de d&eacute;pendance tr&egrave;s dures. M&ecirc;me l&rsquo;open space n&rsquo;est que la structuration dans un lieu de cette d&eacute;pendance.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nLes nouveaux outils de travail ne sont pas sans perversit&eacute;, comme le constate Charles-Henri Besseyre des Horts, enseignant &agrave; HEC et auteur d&rsquo;un livre sur le nomadisme technologique (<i>L&rsquo;Entreprise mobile. Comprendre l&rsquo;impact des nouvelles technologies<\/i>, Editions Pearson, 210 p., 20 &euro;). <i>&quot;Les possibilit&eacute;s infinies de se connecter sont cr&eacute;atrices de libert&eacute;,<\/i> constate le chercheur, interrog&eacute; depuis P&eacute;kin via Skype, tard le soir. <i>Mais, dans la course effr&eacute;n&eacute;e &agrave; la performance, avec des clients de plus en plus press&eacute;s, elles cr&eacute;ent &eacute;galement des contraintes &eacute;normes. Il devient normal de pouvoir r&eacute;pondre &agrave; un client ou &agrave; un patron &agrave; 23 heures, un dimanche.&quot;<\/i> Le sp&eacute;cialiste constate ainsi une v&eacute;ritable addiction de certains cadres aux BlackBerry, ce t&eacute;l&eacute;phone multifonctions, fil &agrave; la patte qui abolit les distances et les d&eacute;calages horaires.\n<\/p>\n<p>\n<strong>Bilan humain : &agrave; France T&eacute;l&eacute;com, une r&eacute;cente enqu&ecirc;te interne a d&eacute;montr&eacute; que 66 % du personnel se disait <i>&quot;stress&eacute;&quot;<\/i> et 15 % <i>&quot;en d&eacute;tresse&quot;. &quot;La pression mise sur le salari&eacute; est institutionnalis&eacute;e, <\/i>constate Pierre Gojat, cadre syndiqu&eacute; dans l&rsquo;entreprise. <i>C&rsquo;est un outil pour pousser les gens dehors, pour qu&rsquo;ils partent &quot;seuls&quot; puisqu&rsquo;on s&rsquo;interdit le licenciement.&quot;<\/i> L&rsquo;homme, &acirc;g&eacute; de 51 ans, en sait quelque chose : apr&egrave;s avoir &eacute;t&eacute; ballott&eacute; d&rsquo;une place &agrave; l&rsquo;autre, il est aujourd&rsquo;hui sans poste. <i>&quot;Trop cher, trop vieux, trop comp&eacute;tent, trop syndiqu&eacute;&quot;<\/i>, r&eacute;sume-t-il. La soci&eacute;t&eacute; a r&eacute;duit de 22 000 le nombre de salari&eacute;s en trois ans. Les objectifs globaux du si&egrave;ge sont morcel&eacute;s, en redescendant la hi&eacute;rarchie. <\/strong>\n<\/p>\n<p>\n<i>&quot;Tel chef re&ccedil;oit la consigne de finir l&rsquo;ann&eacute;e avec 20 personnes en moins. Bien s&ucirc;r, il n&rsquo;est pas responsable. Il le dit : il applique les directives qui lui sont impos&eacute;es. Du coup, le cadre dans le collimateur se retrouve face &agrave; un adversaire invisible.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nLa plupart des personnes interrog&eacute;es par <i>Le Monde<\/i> &eacute;voquent surtout <i>&quot;la perte de sens&quot;<\/i> de leur m&eacute;tier. <i>&quot;C&rsquo;est le rat dans sa roue qui tourne, tourne sans cesse&quot;<\/i>, r&eacute;sume Alexandre des Isnards.\n<\/p>\n<p>\n&nbsp;Le vocabulaire abscons, pioch&eacute; outre-Atlantique et parfois francis&eacute; &agrave; la va-comme-je-te-pousse, ne fait qu&rsquo;habiller cette vacuit&eacute;. <i>&quot;Le jargon permet d&rsquo;aller plus vite ou d&rsquo;int&eacute;grer<\/i> <i>une sorte de confr&eacute;rie, avec son propre vocabulaire,<\/i> constate <st1:personname w:st=\"on\">Pierre Gojat<\/st1:personname>. <i>Mais, dans le cas de figure, il sert surtout &agrave; masquer le vide des concepts et de la pens&eacute;e. L&rsquo;anglais permet d&rsquo;enrober d&rsquo;un vernis de s&eacute;rieux des formules pu&eacute;riles, infantilisantes.&quot; &quot;Le cadre &eacute;tait en communaut&eacute; d&rsquo;esprit avec l&#8217;employeur,<\/i> <b>estime<\/b> <b>le docteur Salengro<\/b>. <i>C&rsquo;est fini. Il n&rsquo;y a plus de communaut&eacute; d&rsquo;esprit parce qu&rsquo;il n&rsquo;y a plus d&#8217;employeur. Avant, on &eacute;tait chez Michelin, chez Peugeot, chez Tartempion. Aujourd&rsquo;hui, de fusion en acquisition, on est vendu et revendu sans cesse.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nN&rsquo;ayant plus forc&eacute;ment foi dans l&rsquo;entreprise, le cadre recherche d&rsquo;autres valeurs. A la D&eacute;fense, au pied du CNIT et des tours de bureaux, l&rsquo;&eacute;glise Notre-Dame-de-Pentec&ocirc;te est de plus en plus fr&eacute;quent&eacute;e. D&egrave;s l&rsquo;ouverture, &agrave; 8 heures, des dizaines de personnes viennent prier. La messe du mercredi midi accueille 250 personnes, dont une partie restent ensuite et partagent un repas empreint de convivialit&eacute;.\n<\/p>\n<p>\nPerte de sens, perte de prestige aussi.<i> &quot;Le cadre a de moins en moins vocation &agrave; l&rsquo;encadrement&quot;<\/i>, constate Fran&ccedil;ois Dupuy. L&rsquo;agent de ma&icirc;trise, le col blanc responsable d&rsquo;une &eacute;quipe, l&rsquo;ing&eacute;nieur, d&eacute;tenteur d&rsquo;un savoir distill&eacute; aux ouvriers, tendent &agrave; s&rsquo;effacer devant le cadre sans troupe, &quot;responsable&quot; ou plut&ocirc;t ex&eacute;cutant d&rsquo;un projet. Il est surveill&eacute; par une hi&eacute;rarchie multiple, r&eacute;gie de mani&egrave;re r&eacute;gionale et par branche, cern&eacute;, en vertu d&rsquo;organisations dites &quot;matricielles&quot;.\n<\/p>\n<p>\nM&ecirc;me les salaires s&rsquo;en ressentent. <i>&quot;En vingt ans, la diff&eacute;rence de traitement entre un cadre et un ouvrier qualifi&eacute; est pass&eacute;e de 5 &agrave; 2,2&quot;<\/i>, explique Fran&ccedil;ois Dupuy. Les d&eacute;localisations, qui touchent d&eacute;sormais les cadres, notamment dans le secteur de la recherche et d&eacute;veloppement, tirent les n&eacute;gociations salariales vers le bas.<i> &quot;Le cadre souffre surtout d&rsquo;un manque de reconnaissance,<\/i> estime Christophe Bignier, responsable d&rsquo;achat &agrave; 3M France et &eacute;lu au comit&eacute; d&rsquo;hygi&egrave;ne et de s&eacute;curit&eacute; de son entreprise.<i> Il n&rsquo;y a jamais de remerciements. Atteindre les objectifs est normal. L&rsquo;ann&eacute;e suivante, on les augmente. C&rsquo;est toujours plus.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nTelle entreprise qui d&eacute;gage 15 % de marge a d&eacute;cid&eacute; de porter l&rsquo;objectif &agrave; 24 %, afin de rivaliser avec les performances de la filiale allemande. Elle a mis en place un guide &agrave; l&rsquo;attention des hi&eacute;rarques, baptis&eacute; &quot;leadership attributes&quot;, long pensum sur la mani&egrave;re de faire fonctionner une &eacute;quipe et d&rsquo;adh&eacute;rer &agrave; l&rsquo;esprit d&rsquo;entreprise. Un syst&egrave;me de notation a &eacute;galement &eacute;t&eacute; mis en place. Deux mauvaises ann&eacute;es donnent l&rsquo;obligation de suivre un plan de rattrapage. Encore cette soci&eacute;t&eacute; a-t-elle la bont&eacute; d&rsquo;offrir une deuxi&egrave;me chance&#8230; Elle a &eacute;galement sign&eacute; un avenant avec la mutuelle des salari&eacute;s, permettant aux cadres de suivre des heures de psy, &agrave; raison de douze s&eacute;ances gratuites.\n<\/p>\n<p>\nLa pression se g&eacute;n&eacute;ralise dans l&rsquo;encadrement. Les sp&eacute;cialistes en &quot;consulting&quot;, tueurs de co&ucirc;ts patent&eacute;s, s&#8217;embauchent dans les grandes entreprises et y d&eacute;veloppent des nouvelles et pas toujours bonnes mani&egrave;res. Des mod&egrave;les de gestion paternaliste comme la Caisse d&rsquo;&eacute;pargne ont ainsi modifi&eacute; leurs habitudes. <i>&quot;D&rsquo;une structure familiale, on est pass&eacute; &agrave; une entreprise impersonnelle,<\/i> explique R&eacute;gis Wolf, 56 ans, responsable de cette banque, &agrave; Metz. <i>Nous recevons des formations pour &ecirc;tre plus performants. Ceux qui ne suivent pas sont orient&eacute;s vers d&rsquo;autres postes.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\nLa pression gangr&egrave;ne par capillarit&eacute; toute la hi&eacute;rarchie. C&rsquo;est la fable du stress&eacute; stresseur. Avec ce sentiment d&rsquo;un monde kafka&iuml;en o&ugrave; on ne sait plus qui d&eacute;cide, qui contr&ocirc;le. Dans ce nouveau rapport de forces, <i>&quot;le seul gagnant est l&rsquo;actionnaire&quot;<\/i>,<b> constate le docteur Salengro<\/b>. La valeur du capital ne cesse de cro&icirc;tre au d&eacute;triment de celle du travail. Ce qu&rsquo;analyse Fran&ccedil;ois Dupuy : <i>&quot;Pendant les &quot;trente glorieuses&quot;, les produits &eacute;taient rares et convoit&eacute;s par les acheteurs. L&rsquo;actionnaire avait fait alliance avec le salari&eacute; contre le client. Avec la mondialisation, les produits sont plus disponibles : l&rsquo;actionnaire a donc d&eacute;cid&eacute; de faire alliance avec le client contre le salari&eacute;. Or le cadre, c&rsquo;est le salariat de confiance. Il se situe &agrave; ce point pr&eacute;cis o&ugrave; peut s&rsquo;exercer la pression.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\n<i>&quot;Le stress est productif, mais trop de stress peut &ecirc;tre contre-productif&quot;<\/i>, estime Charles-Henri Besseyre des Horts. Sollicit&eacute;e &agrave; l&rsquo;extr&ecirc;me, la personne entre en r&eacute;volte. Du &quot;mode projet&quot;, elle passe au &quot;mode protection&quot; : elle sort le bouclier. On constate alors une forte hausse de l&rsquo;absent&eacute;isme. Le taux de syndicalisation des cadres est aujourd&rsquo;hui sup&eacute;rieur &agrave; celui des ouvriers. Au si&egrave;ge de 3M, 13 &eacute;tages plant&eacute;s &agrave; Cergy, le pourcentage d&rsquo;arr&ecirc;ts de travail est plus important que dans les usines du groupe. Dans <i>Quand les cadres se rebellent<\/i> (Vuibert, 180 p., 18,05 &euro;), paru le 28 ao&ucirc;t, les sociologues David Courpasson et Jean-Claude Thoenig d&eacute;taillent les multiples formes que peut prendre cette entr&eacute;e en r&eacute;sistance, du refus de la promotion &agrave; la d&eacute;mission brutale.\n<\/p>\n<p>\nLe cadre n&rsquo;h&eacute;site plus &agrave; manifester. <i>&quot;Ils ont de moins en moins de scrupules &agrave; saisir les tribunaux&quot;,<\/i> explique Christian Depeyrot, juge depuis six ans au tribunal des prud&rsquo;hommes de Carpentras. D&eacute;filent des &ecirc;tres parfois bris&eacute;s qui &eacute;voquent &agrave; la barre les mille et une formes du harc&egrave;lement.\n<\/p>\n<p>\nLa d&eacute;prime peut aller jusqu&rsquo;au geste fatal. La vague de suicides survenue au Technopole Renault de Guyancourt en 2006-2007 a r&eacute;v&eacute;l&eacute; jusqu&rsquo;o&ugrave; pouvait pousser le d&eacute;sespoir. <i>&quot;La violence ultime, ce n&rsquo;est pas le suicide<\/i>,<i> <\/i>constate Christophe Bignier. <i>La violence ultime, c&rsquo;est tourner l&rsquo;arme contre son patron ou ses coll&egrave;gues. C&rsquo;est un ph&eacute;nom&egrave;ne que ne nous ne connaissons heureusement pas en France, mais qui se rencontre aux Etats-Unis.&quot;<\/i>\n<\/p>\n<p>\n<i><strong>Bernard Salengro se veut optimiste<\/strong>. Il observe que les entreprises am&eacute;ricaines, qui ont export&eacute; leurs m&eacute;thodes de management et sont aujourd&rsquo;hui confront&eacute;es &agrave; un vertigineux turn-over, tentent aujourd&rsquo;hui d&rsquo;en corriger les exc&egrave;s. &quot;Les entreprises cot&eacute;es au Nasdaq qui progressent le plus en Bourse sont aussi celles qui affichent le plus la lutte contre le stress&quot;, assure le m&eacute;decin. Si de nombreuses soci&eacute;t&eacute;s sont encore dans le d&eacute;ni, le Medef s&rsquo;interroge. Le syndicat patronal pose les questions qui f&acirc;chent : &quot;L&rsquo;entreprise est-elle fair-play ?&quot;, ou encore &quot;Comment reconqu&eacute;rir les cadres ?&quot; Le Medef a sign&eacute; avec les partenaires sociaux, en juillet, un accord sur le stress dans le travail, pr&eacute;voyant la mise en place d&rsquo;alertes. &quot;L&rsquo;entreprise doit savoir renouveler sa mani&egrave;re d&rsquo;investir le capital humain&quot;, estime Charles-Henri Besseyre des Horts. Mais on semble encore loin de la r&eacute;conciliation entre le cadre et l&rsquo;entreprise.<\/i>\n<\/p>\n<div style=\"text-align:right;\">\n<i><strong>LE MONDE &#8211; Beno&icirc;t Hopquin- le 17\/09\/2008- extrait<\/strong><\/i>\n<\/div>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Selon un sondage r&eacute;alis&eacute; par l&rsquo;Association pour l&#8217;emploi des cadres (APEC), 40 % des cadres envisagent de changer d&rsquo;entreprise dans un avenir proche. Le cadre est un homme heureux. 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